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May 18, 2015

Sous le figuier


Il y a un texte de la Bible qui me fascine et suscite aussi ma curiosité chaque fois que je le lis. C'est un passage très court et dont on peut sans doute ne même pas s'aperçevoir, mais qui je crois renferme une très belle et profonde vérité.

C'est dans le tout premier chapitre du livre de Jean. Jésus est d'abord accompagné de deux de ses disciples, puis peu à peu d'autres se joignent à lui. Viendra le tour de Nathanaël:
Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit: Suis-moi. Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre. Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit: Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. Nathanaël lui dit: Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Philippe lui répondit: Viens, et vois. Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui: Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n'y a point de fraude. D'où me connais-tu? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit: Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. Nathanaël répondit et lui dit: Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. Jésus lui répondit: Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois; tu verras de plus grandes choses que celles-ci. (Jean 1:43-50)
La transformation de Nathanaël est frappante. Il est tout d'abord sceptique, même sarcastique, faisant une mauvaise blague quant à Nazareth, qui de toute évidence n'avait pas bonne réputation à cette époque (et qui est presque totalement inconnue aujourd'hui, peut-être pour la même raison). C'est donc avec un préjugé négatif que Nathanaël aborde Jésus.

À l'opposé, Jésus aborde Nathanaël de façon très positive, faisant l'éloge de son intégrité. Pourtant, Nathanaël n'est toujours pas impressionné et reste sceptique, puisqu'il demande à Jésus de justifier son propos. À mon sens, la question de Nathanaël sonne davantage comme un ''who do you think you are?'' qu'un ''have you been stalking me?'' et se veut plutôt rhétorique, puisque Nathanaël ne semble pas s'attendre à une réponse satisfaisante.

L'inattendu arrive pourtant: Une phrase de Jésus, où il affirme avoir vu Nathanaël sous le figuier, suffit à effacer le doute et le cynisme de Nathanaël et le pousse à qualifier Jésus de Fils de Dieu et Roi d'Israël. Mais pourquoi?

Je me suis longtemps posé la question, et je me la poserai sans doute encore longtemps puisque le texte n'offre pas de réponse.  En fait, il s'agit d'un secret. Le texte ne relate pas l'épisode où Nathanaël se tient sous le figuier: le lecteur ne peut donc pas savoir ce qui s'y est passé. Et c'est là la beauté de la chose: Il s'agit d'un secret entre Dieu et Nathanaël, que nous ne connaîtrons peut-être jamais. Une chose est certaine: Ce qui s'est passé sous le figuier est d'une importance telle que le fait que Jésus en ait connaissance convainc Nathanaël qu'il est le Fils de Dieu.

J'ai imaginé plusieurs scénarios pouvant expliquer le lien entre l'épisode du figuier et la réaction de Nathanaël. J'ai l'impression qu'il s'agit d'un moment vraiment intime que celui-ci a vécu avec Dieu. Peut-être s'agissait-il d'une prière, d'une supplication, de larmes, d'un cri du coeur de Nathanaël envers Dieu à ce moment-là. Ou peut-être a-t-il réalisé une vérité importante, a-t-il eu une conviction profonde. Je ne sais pas. En tous les cas, ce qui est arrivé a touché Nathanaël au plus profond de son être et est de nature à prouver la légitimité des propos de Jésus.

Je trouve ce passage extraordinaire. D'une part, bien que cette histoire ait été lue par des millions de personnes à travers l'histoire, elle fait référence à un secret qui n'est pas révélé et ainsi reste entre Nathanaël et Jésus. D'autre part, je suis touchée de la façon par laquelle Jésus se préoccupe de ce qui se passe dans le coeur et dans l'âme de Nathanaël, et garde son secret. Je crois que de la même manière, lorsque nous sommes nous-mêmes sous le figuier (métaphorique) et que notre coeur et notre âme sont à découvert, Dieu voit, écoute, et aime.

February 18, 2014

Les grandes espérances

One of the young doffers working in Pell City Cotton Mill, Alabama, 1910

C'est là le titre traduit d'un roman de Charles Dickens, en anglais Great Expectations. C'est un titre qui m'a toujours fascinée, bien que je n'aie jamais ouvert le livre. Il communique et évoque un sentiment puissant, celui de grands idéaux, de grands espoirs. Ainsi, l'on s'imagine une jeune âme qui s'ouvre au monde et à la vie, et nourrit les pensées les plus nobles et innocentes (dans le bon sens du terme) quant au futur et ce qu'il réserve, ce qu'il promet.

Il vient un temps où beaucoup de ces grandes espérances sont déçues. Je pense qu'à cet égard, le terme anglais expectation, mieux traduit par «attente» en français, exprime bien cette désillusion, ce désenchantement. À une époque plus naïve, plus délicate, nous avons développé des anticipations quant au futur. Alors que nous vieillissons, nous sommes forcés d'en venir au constat que le monde n'est pas tel qu'il devrait être. Nous rêvons d'une société qui ne sera jamais, d'une paix utopique, d'amour inatteignable.

Le Sisyphe de Titien, 1548
Plus que tout, nous souhaitons la self-actualization, l'accomplissement de soi, qui dans la pyramide des besoins de Maslow, correspond à cet état suprême d'épanouissement de développement de notre potentiel personnel. Il semble parfois que plus nous tentons d'avancer vers cet objectif, plus il s'éloigne de nous, tel un mirage, tel Sisyphe roulant éternellement son rocher le long de la colline sans jamais en atteindre le sommet.

Souvent quand je pense au monde qui tourne, au temps qui s'écoule et à la vie qui passe, je crois que nous courons parfois le risque d'investir toute notre énergie et tous nos efforts dans la poursuite du soleil couchant, sans jamais le pouvoir toucher.

Je ne dis pas qu'il faut renoncer à nos principes et à nos idéaux. Bien au contraire, je crois fermement qu'il faut vivre de façon intègre et conforme à ses propres valeurs et croyances.

Ce que je remets en doute, c'est combien nous nous attachons parfois à certains buts que nous nous fixons, qui une fois atteints, ne satisfont pas toujours. On rêve de voir l'Europe, puis après y être allé, on se désole de ne pas avoir vu le monde. On est obsédé à l'idée d'obtenir un diplôme universitaire, puis une fois obtenu, on se trouve bien malheureux de ne pas avoir un diplôme de deuxième cycle.

Il m'en faut toujours plus, c'est chronique. Peut-être en est-ce de même pour vous.

Et c'est pour cette raison que j'ai mis la photo du petit garçon travaillant dans une usine de coton, dans les années 1910. Quelles étaient ses grandes espérances à lui? Quelle aurait été sa vie parfaite? Avait-il même le temps d'y songer?

Je ne condamne personne. Il est légitime d'avoir des rêves et des aspirations, l'humain est ainsi fait, et c'est ce qui nous pousse à donner le meilleur de nous-même, à aller là où personne n'est allé auparavant.

Mais le bonheur et la réalisation de soi ne consiste peut-être pas à atteindre une destination qui s'éloigne à mesure que nous avançons.

Il faut de temps en temps jeter un regard en arrière, et être reconnaissant du chemin parcouru.
Là où nous sommes, nombreux sont ceux qui auraient voulu y être dans l'histoire de l'humanité.

Les grandes espérances de ce petit garçon, celles qui semblaient inatteignables, c'est peut-être nous qui les vivons aujourd'hui. N'est-ce pas en soi avoir réalisé beaucoup de rêves, beaucoup d'espoirs?



November 5, 2013

Inspiration (ou manque de)

The Walk, Woman With a Parasol - Monet
L'inspiration. Je n'en ai pas pour écrire depuis un certain temps déjà.
Je me pose plusieurs questions par rapport à ce que c'est que l'inspiration. D'où nous vient cette idée, cet éclair de clarté venu de Dieu sait où, cet élan qui nous vient à la fois de l'intérieur et de l'extérieur.

C'est une muse capricieuse qui ne se montre qu'à son meilleur, et que lorsqu'elle en a envie. C'est peut-être pour cela qu'elle nous garde constamment accrochés. Nous sommes impatiemment dans l'attente de l'heureux jour où elle nous fera l'honneur de nous visiter à nouveau, de revoir son visage.

Elle ne vient pas sur demande et même à prix d'or on ne peut l'acheter. C'est précisément en dehors du cadre matériel des choses qu'elle habite, et elle est souvent donnée aux plus contemplatifs.

L'inspiration ne peut se commander mais elle vient néanmoins plus spontanément lorsque nous sommes dans un certain état d'esprit. La pression, les attentes, les échéanciers ne sont pas suffisants pour la séduire toujours. Elle vient, elle part, on ne sait quand sera son prochain appel, alors on reste accroché au téléphone.

L'inspiration, qui vient en quelque sorte de l'extérieur de notre pensée et qui s'y greffe, a besoin d'espace pour se mettre à l'aise. «Inspiration» rappelle l'acte de prendre en soi quelque chose qui nous est extérieur. Un esprit plein, occupé et saturé jusqu'au débordement n'aura pas assez de place pour lui donner un nid. Il faut cultiver un espace libre des préoccupations et des contraintes, tel une chambre d'ami, à laquelle on lui donne la clef et où elle sait être bienvenue quand l'envie lui prend.

Si on ne peut l'accueillir, elle trouvera bien un autre endroit, un autre ami.


October 25, 2012

Distraction


Distraction.

«Manque d'attention, habituel ou passager, de l'esprit occupé à autre chose que ce qui lui est proposé»
«Ensemble de chose qui occupent agréablement l'esprit, délassent et recréent»

Il y a un bon moment que je pense à écrire au sujet de la distraction.
La facilité à laquelle l'être humain est distrait et se laisse distraire m'a toujours fascinée. Pourquoi, lorsque nous sommes occupés à une tâche, nous laissons-nous aller à nos pensées, ou délaissons-nous notre tâche pour faire autre chose?
Il semble que lorsque notre esprit est occupé à quelque pensée ou réflexion grave et importante, la tentation de la distraction et du loisir devient irrésistible.

C'est en quelque sorte une fuite de l'absolu et une soif de légèreté et de plaisir.

N'est-ce pas une tendance très répandue chez l'être humain? Nous laissons de côté nos devoirs et passons plutôt des heures à regarder des vidéos et flâner sur Facebook.
De la même façon,  nous préférons nous divertir plutôt que de penser aux choses importantes de la vie, et de la mort.

Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. - Blaise Pascal 
Le divertissement est le meilleur régime contre le poids de l'existence - Franck Dhumes
Cette tendance à la distraction et au divertissement comme «détournement» m'effraie. On ne peut sans cesse remettre à plus tard la pensée de l'avenir. Le sentiment d'avoir perdu son temps est un des plus terribles, sachant que notre temps est limité et qu'on ne peut le récupérer si l'on en fait mauvais usage.

C'est précisément pour cette raison que l'on doit fuir cette tendance à la distraction et au divertissement pour ce qui est des questions sur l'existence et la mort.

Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d'aller dans une maison de festin; car c'est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à coeur. - Ecclésiaste 7:2
La jeunesse est particulièrement sensible à la distraction. Tant de choses s'offrent à nos yeux, à nos coeurs, à nos esprits. Nous sommes facilement distraits, facilement divertis, et c'est là ce que nous recherchons, bien souvent.
Blaise Pascal, qui, vous aurez deviné, est un de mes philosophes préférés, a dit que «la seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et c'est pourtant la plus grande de nos misères».

La jeunesse est pourtant le moment idéal pour réfléchir et rechercher la vérité. Quoi de plus terrible que de se rendre compte, à la fin de nos jours, que notre vie n'avait aucun sens ou que nous n'avons pas vécu pour la vérité?

Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton cœur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux; mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera en jugement. 
Bannis de ton cœur le chagrin, et éloigne le mal de ton corps; car la jeunesse et l’aurore sont vanitéMais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras: Je n’y prends point de plaisir;  avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie, temps où les gardiens de la maison tremblent, où les hommes forts se courbent, où celles qui moulent s’arrêtent parce qu’elles sont diminuées, où ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis, où les deux battants de la porte se ferment sur la rue quand s’abaisse le bruit de la meule, où l’on se lève au chant de l’oiseau, où s’affaiblissent toutes les filles du chant, où l’on redoute ce qui est élevé, où l’on a des terreurs en chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs parcourent les rues;  avant que le cordon d’argent se détache, que le vase d’or se brise, que le seau se rompe sur la source, et que la roue se casse sur la citerne; avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. - Ecclésiaste 12:1-9

Il est encore temps.

April 23, 2012

Le temps qui passe

Arrangement in Grey and Black No.1, James Whistler,  1871
Il y a de cela quelques temps que j'ai cette peinture en tête. Elle illustre merveilleusement la vision générale que nous avons de la vieillesse. Les couleurs sont austères, la femme dépeinte est immobile et a le regard fixe, ou bien vide.

Bien évidemment, ceci est une vision très pessimiste de l'avenir! Cependant le peintre a, selon moi, réussi à attacher à son oeuvre une émotion particulière que je ne saurais décrire, mais qui m'effraie et me fascine (remarquez la similarité avec ma photo de profil)

Je veux parler un peu de la vie en général, et tout spécialement du temps qui passe. Je suis consciente que je ne suis probablement pas très bien placée pour me prononcer sur le sujet, puisque je suis relativement jeune. Mais ma courte expérience de la vie me démontre que l'on donne souvent trop d'importance à l'âge et que les plus jeunes et les plus vieux ont parfois beaucoup plus en commun qu'ils ne le pensent.

William Penn, un des pères fondateurs des États-Unis, a écrit, «Time is what we want most, but what we use worst».

Ou si vous voulez la version longue,
There is nothing of which we are apt to be so lavish of as Time, and about which we ought to be more solicitous; since without it we can do nothing in this World. Time is what we want most, but what, alas! we use worst; and for which God will certainly more strictly reckon with us, when Time shall be no more. (Some Fruits of Solitude in Reflections and Maxims, 1693)


Nous voudrions avoir toujours plus de temps, mais nous en faisons souvent mauvais usage.
Nous réalisons à quel point c'est vrai à mesure que le temps passe et que nous ne rencontrons pas certains objectifs que nous nous étions fixés, ou lorsque nous nous rendons compte que nous ne sommes pas exactement ce que nous voudrions être.

Il est difficile et douloureux de penser que le temps passe et ne s'arrête pas pour nous. Nous savons que nous sommes nés à un certain moment (bien que nous ne nous rappelions pas ne jamais avoir existé), nous savons que nous mourrons un jour, et que le temps entre les deux est limité.

C'est encore facile quand on est jeune. On vieillit, certes, mais on reste jeune jusqu'à un certain âge. Mais chaque jour vécu de plus est un jour de moins à vivre, quand on y pense.

Le temps qui passe, ça veut dire que tout ce qui est en arrière ne sera jamais revécu (du moins pas de la même façon), et ce qui est devant nous est absolument inconnu.

Si le temps est précieux et limité, alors il faut en faire bon usage. Mais qu'est-ce que le bon usage du temps? Un charpentier, un courtier immobilier, une élève de maternelle et une grand-maman à plein temps  ont probablement des opinions bien différentes à ce sujet.

J'aime beaucoup les Psaumes. Les Psaumes sont des poèmes et des chants écrits par différents auteurs à différentes époques, et que l'on retrouve dans la Bible. Ils sont une source de sagesse, et les lire me donne une perspective plus globale de la vie.

Le Psaume 90, par exemple, a été écrit par Moïse, il y a de cela plusieurs millénaires. Il écrit ceci à Dieu: «Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse».

C'est très étrange pour moi de lire ces lignes écrites par quelqu'un qui est mort. Son poème, transmis des millénaires plus tard, m'inspire moi, au XXIe siècle.

Notre époque ne cesse de nous encourager à vivre notre jeunesse (c'est-à-dire nous plonger tête première dans l'hédonisme, ne se refuser aucun plaisir et aucune dépense, et ne pas se soucier des conséquences). Nous sommes encouragés à être centrés sur nous-même et à ne penser qu'au moment présent.

Mais la vie passe, le temps s'évapore, et beaucoup est en jeu. Personnellement, j'ai besoin qu'on me rappelle que la vie est courte, parce que je la prends plus au sérieux. Je veux apprendre à compter mes jours. Pas littéralement, puisque je ne sais pas combien de jours il me reste à vivre. Mais être humble et réaliser que je ne serai pas toujours là. Et m'occuper à la poursuite de l'essentiel.

Et pourquoi se soucier de telles choses, pourquoi compter nos jours?

Pour rechercher la sagesse. Ça sonne bien «plate», n'est-ce pas? C'est pourtant ce qu'il y a de plus important, ce me semble.

«La sagesse vaut mieux que les perles, elle a plus de valeur que tous les objets de prix». Le temps qui passe, et qui ne s'arrête pas pour moi, me fait vouloir connaître davantage la sagesse de Dieu, et vivre selon elle.

Parce que je sais que la vie ne dure pas longtemps, et que si je n'ai qu'une vie à vivre, je veux l'utiliser à bon escient.
Et rechercher ce qui est vrai. Ce qui, contrairement au temps, ne passe pas.

March 15, 2012

De l'éthique du divertissement quant à la violence


L’éthique du divertissement est un sujet qui a toujours suscité mon intérêt. L’éthique est un domaine d’étude philosophique passionnant et controversé, et le divertissement est un phénomène sociétal dont l’influence ne saurait être sous-estimée. 

La société occidentale est maladivement avide de divertissement, de distractions.
Blaise Pascal, sans doute mon philosophe préféré, disait déjà au XVIIe siècle que «la seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement, et c’est pourtant la plus grande de nos misères».

Avant de commencer ma réflexion à ce sujet, quelques définitions s’imposent :
Éthique : Qui concerne la morale. 
Divertissement : Action de se divertir; amusement. Ce qui divertit; distraction.
Divertissement (ma définition): Toute forme d’art ou de production destinée à la consommation (de masse). Les films, les jeux vidéo, la musique et les séries télévisées en sont quelques exemples.

Quel est donc le code d’éthique véhiculé aux masses par l’industrie du divertissement quant à la violence, et pourquoi s’en préoccuper?

L’idée m’est venue d’écrire cet article lors de l’annonce de la sortie du film The Hunger Games. Le film a été réalisé à partir du livre homonyme qui, publié en 2008, a été déclaré USA Today et New York Times Bestseller. Cet ouvrage est destiné aux jeunes adultes, et est au programme de lectures obligatoires dans de nombreuses écoles au pays.

Voici un court résumé des livres:
“The Hunger Games,” a trilogy of novels by Suzanne Collins, […] takes place at an unspecified time in North America’s future. Her heroine, Katniss Everdeen, lives in one of twelve numbered districts dominated by a decadent, exploitative central city called the Capitol. Every year, two children from each district are drafted by lottery to compete in a televised gladiatorial contest, the Hunger Games, which are held in a huge outdoor arena. The winner is the last child left alive. 
Source: The New Yorker 

Vous pouvez visionner la bande-annonce ici.


Je dois avouer que je n’ai pas lu les livres; en revanche, j’ai lu de nombreux articles par rapport à ceux-cis. Tous qualifient les livres de morbides et violents.

Mais là n’est pas où je veux en venir. Cet article n’est pas une analyse des Hunger Games; l’idée derrière ces livres n’est qu’un exemple du point que je souhaite aborder.

Le divertissement populaire véhicule souvent une éthique douteuse-- a priori découragée par la société et certaines lois morales-- en la faisant paraître bonne et acceptable.

The Hunger Games ne semble être qu'un exemple de ce principe. Une éthique de survie impliquant le meurtre d’enfants est justifiée par la sympathie qu’inspirent la protagoniste et la «grande cause» derrière l’histoire.

En d’autres mots, le principe de base est que «la fin justifie les moyens», une maxime que j’ai en horreur. Il peut certainement être utile dans certains cas (plus rares que communs), mais de manière générale, cet énoncé est erroné d’un point de vue éthique.
L’idéal communiste qui a inspiré des révolutions en Chine, en Russie et en Amérique du Sud a servi de justification pour de la tyrannie et l’oppression des masses, après tout.

A-t-on besoin d’être exposé à la violence graphique et à des scènes de tortures merveilleusement détaillées pour vraiment comprendre quoi que ce soit?

Les gouvernements totalitaires ont été brillamment critiqués par des livres tels que 1984 et Animal Farm, qui ont fait de la psychologie leur point focal, sans toutefois devenir morbides.

Quoi qu’on en dise, si le divertissement propose des principes moraux tordus, c’est que c'est le désir de l’audience, en quelque sorte. Il n’y aurait pas tant de violence si la violence nous était vraiment en horreur. On serait dégoûtés par ces images gratuites.

Je dis gratuites, puisque une distinction doit être faite entre regarder un reportage sur les camps de concentration nazis au temps de la Deuxième Guerre mondiale et un film classé 18+ pour violence. Le reportage a un but éducatif et préventif : l’étude du passé nous aide à être plus lucides et sages quant au futur. Le film, au contraire, est de nature divertissante. En d’autres mots, la violence est offerte en tant que divertissement.

Si la violence est offerte en tant qu’amusement, il y a là un profond problème, ce me semble. En quoi cela est-il profitable à l’individu et à la société? Le monde est rempli d’ouvrages littéraires et philosophiques dénonçant ce qu’il y a à dénoncer de façon éloquente, argumentative et logique. Le savoir peut donc être atteint autrement. L’argument de la «leçon et morale de l’histoire» est parfois une façade.

Je crois donc qu’il nous faille réévaluer nos choix de divertissement.  Pour que ce que notre tête pense, ce que notre bouche dit, et ce que nos yeux voient soient cohérent.

Il existe beaucoup d’opinions sur le sujet, et la mienne est sans doute facile à critiquer. Soit. Je crois quand même que la réflexion d’impose.

Il y a beaucoup de sagesse en ces paroles :
Au reste, […] que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées.
Philippiens 4 :8, La Bible 

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